Journée nationale d’hommage aux morts pour la France en Indochine

Discours prononcé le 8 juin 2017

Monsieur le Conseiller départemental,
Mesdames, messieurs les élus, chers collègues,
Mesdames, Messieurs les anciens combattants,
Mesdames, Messieurs les porte-drapeaux,
Mesdames, Messieurs les membres des associations patriotiques,
Mesdames, Messieurs,

L’année 1954 fut une année difficile pour la France, marquée par un froid glacial et meurtrier qui suscita l’appel de l’Abbé Pierre en février 1954, puis, en mai,la défaite de l’Armée française à Dien Bien Phu et le retour au pays au cours d'un été gris et pluvieux, du Corps expéditionnaire.

 La bataille de Dien Bien Phu, qui se déroula entre mars et juin 1954, fut non seulement une énorme défaite pour l'armée française où 2293 fils de la France y trouvèrent la mort mais elle resta longtemps une blessure pour les militaires, et un déshonneur pour l'Etat-major qui de Paris, n’avait pas évalué à sa juste valeur la détermination des combattants du Vietminh et la géographie du terrain sur lequel ils avaient ordonné à ses hommes de tenir coûte que coûte.
C’était aussi la première fois qu’un pays occidental était mis en difficulté par des hommes que la France avait formé.
Au terme de ses 7 années de combats qui firent 75 581 morts, il ne restait que des combattants blessés dans leur chair et dans leur âme avec le sentiment d’avoir été abandonnés.

C’est dès 1945 qu’a débuté cette «autre guerre », oubliée de la mémoire collective française, une guerre trop loin de l'Europe, éloignée des préoccupations d’après-guerre. Le temps était à la reconstruction et les français voulaient surtout oublier les horreurs de la Seconde Guerre mondiale. Et pourtant, le conflit indochinois fut majeur pour le continent asiatique. Il débuta en 1945 avec la France, pour ne prendre fin qu'en 1975 après la défaite des États-Unis.
Rendons hommage à ces français venus de la métropole, à ces français des colonies africaines qui renforcèrent les troupes, et enfin à ces soldats, qu’on qualifiait de supplétifs, qui avaient choisi la France et luttaient contre leurs compatriotes communistes emportés par une volonté d’indépendance violente.

Outre les morts au combat : n’oublions pas que sur les 37 000 prisonniers militaires, 26 300 succombèrent faute de soins médicaux. Le Vietminh qui ne reconnaissait pas la Convention de Genève pour les prisonniers de guerre, n'autorisa jamais durant toute la durée du conflit à la Croix Rouge de visiter les camps de prisonniers.

Et en cet été 1954, c’est sous la pluie et le froid que le Corps expéditionnaire français retrouva le sol de France.
Face à la grande détresse de ces survivants de retour au pays et dont beaucoup s'étaient battus jusqu'à l'ultime limite, parfois sans vivre et sans munitions, fait prisonniers et souvent torturés, nous pouvons légitimement nous interroger sur le traitement que leur réservèrent certains militants et syndicalistes.
Alors qu'André Stil écrivait dans l'Humanité « Quarante millions de Français, ce matin, se sont levés du bon pied. Quarante millions ont soulagé la poitrine d’un peuple. La France, aujourd’hui, a le sourire ».
Malheureusement pour ceux qui rentrèrent en France, l'accueil ne fut pas sous les honneurs du drapeau tricolore mais avec le goût des crachats, des insultes et d'une mépris d'une frange de la population.
Aujourd'hui, l’heure n'est plus à blâmer tel ou tel camp mais de rechercher ce qui nous unis, femmes et hommes, et nous pousse à aller au-delà des clivages idéologiques et politiques.
Car c’était bel et bien le cas de cette guerre : une guerre idéologique, loin du rideau de fer européen, mais portée par le même clivage.

Il aura fallu attendre 2005 pour que le Président Chirac institue cette « journée nationale d’hommage aux morts pour la France en Indochine », fixée symboliquement au 8 juin, jour anniversaire de l’inhumation du soldat inconnu d’Indochine aux Invalides.
Une journée qui, au-delà de rappeler qu'il n’y a pas de conflits mineurs ou majeurs, a pour simple vocation de ne pas oublier ceux qui auront laissé leur vie ou une partie d'eux-mêmes dans les rizières du Vietnam, le long du Mékong au Laos ou dans les rues de Phnom Penh.
C'est à eux que nous devons rendre hommage, eux qui ont été si longtemps oubliés.


Vive la paix
Vive la République !
Vive la France !
Vive Viry-Chatillon !