Journée nationale du souvenir des victimes et des héros de la déportation

Discours prononcé le 30 avril 2017

Monsieur le Conseiller départemental,
Mesdames, messieurs les élus, chers collègues,
Messieurs les anciens combattants,
Mesdames, Messieurs les membres des associations patriotiques,
Mesdames, Messieurs,

Chers amis,
Souvenons-nous qu'il y a 72 ans, le camp d’Auschwitz-Birkenau fut libéré le 27 janvier 1945.
Ceux de Buchenwald et Dora le 1er avril ;
celui de Bergen-Belsen le 15 avril ;
celui de Flossenbürg le 19 avril ;
ceux de Dachau et Ravensbrück les 29 et 30 avril.
Enfin, celui de Mauthausen-Gusen le sera les 4 et 5 mai à quelques jours de la fin du conflit.

La libération des camps aura donc pris quatre mois, de janvier à mai 1945.

Pour beaucoup de détenus, cette période fut tout aussi difficile que leur déportation. En effet, devant l’avancée des armées alliées, les nazis ordonnèrent l’évacuation de la plupart des camps, lançant sur les routes des millions de femmes et d’hommes malades, affaiblis, affamés.
Ce sont les « marches de la mort » au cours desquelles nombre d'entre eux périrent d’épuisement ou exécutés par les SS lorsqu’ils ne pouvaient plus avancer.

En ce mois d’avril 1945, la fin de la guerre avec l’Allemagne nazie marque le début du retour de celles et ceux qui furent arrachés à leur famille et à leur pays :
- les prisonniers de guerre
- les travailleurs partis sous contrat pour échapper au chômage
- les travailleurs des classes astreintes au Service du Travail Obligatoire (le STO) et qui n’ont pu ou voulu se soustraire à l’obligation
- les juifs survivants de la Shoah
- la communauté tzigane considérée comme indésirable dès 1929
- les homosexuels dénoncés, condamnés, et humiliés par le port du triangle rose
- les déportés politiques pour faits de résistance.

Le retour au pays de près de deux millions de Français déportés provoqua un choc profond dans la nation : ces centaines de milliers de femmes et d'hommes aux regards perdus, aux visages émaciés, flottant dans leurs vêtements étaient autant de témoignages de la réalité de la déportation et des crimes nazis.

Pourtant, l'horreur qui aura plongé notre continent dans l'obscurité cinq années durant n’est pas venue de l’extérieur.
Ce mal avait trouvé racine en Europe, en Allemagne, dans un continent, dans un pays qui prétendait porter une certaine idée de l'humanisme si chère à Goethe.
Les bourreaux étaient cultivés, aimaient la musique, la littérature… Les bourreaux étaient des mères et des pères aimants et pourtant au nom d'une idéologie qui prônait la supériorité d'une race sur l'autre, ils envoyèrent des milliers de leurs congénères dans les camps de la morts, les exterminant méthodiquement, sans pitié, sans regret, sans remord. 

De l’horreur des camps est né un mot : génocide !
Le génocide n’est pas un massacre comme les autres ;
c’est l’extermination, l’élimination d’une population toute entière à cause de ses origines, de sa religion, de sa couleur, de ses choix philosophiques ou politiques.
Tel est le sens du mot génocide.

Si ce ne fut pas le premier génocide à être commis dans l'Histoire de l'Humanité, il fut le premier à être planifié et industrialisé. Malheureusement, il ne sera pas non plus le dernier.
L'actualité, chaque jour, nous en peint d'autres visages : ailleurs sur d'autres continents des individus, sous d'autres motifs tout autant fallacieux, viennent terroriser des innocents.
Ces barbares modernes s’attaquent aux plus fragiles, à ceux qui diffèrent d'eux .

Alors la voix des rescapés, ceux qui sont revenus des camps, ces survivants trop souvent oubliés ou négligés doit résonner en nous.
Dans son ouvrage Une vie, Simone Veil écrivait «  Venus de tous les continents, croyants et non-croyants, nous appartenons tous à la même planète, à la communauté des hommes. Nous devons être vigilants, et la défendre non seulement contre les forces de la nature qui la menacent, mais encore davantage contre la folie des hommes».

Et cette folie nous la côtoyons de près : Charlie Hebdo, le Bataclan, Nice, Saint-Petersbourg, en Egypte, en Afghanistan, en Somalie… Sur les Champs Elysées encore il y a quelques jours.

Face à la barbarie nous avons la responsabilité d’agir, mais agir tant qu’il en est encore temps…

Il est plus que jamais impératif, pour ne plus revivre l'horreur de la déportation et de la Solution finale, de réaffirmer nos valeurs républicaines et communes, l'égalité mais surtout et avant tout la laïcité.

Car si la déportation et la mort étaient la finalité, elles s'inscrivaient dans une idéologie mortifère qui n'avait pour seule volonté que d'éliminer ceux qui ne convenaient pas aux doctrines qu'elles soient celles de nazis hier, ou de l’État Islamique aujourd'hui.

C’est en ce jour du souvenir des victimes de la déportation qu'il me semble primordial de réaffirmer ce message de paix et de tolérance porté par tous les rescapés de la déportation, par tous les survivants de la Shoah.

Il nous appartient aujourd'hui et demain d'être les messagers afin de permettre aux générations futures d’avoir les clés de lecture de notre monde et celui de demain.

Vive Viry-Chatillon
Vive la République
Vive la France !